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« J’en ai éborgné trois tout à l’heure »

Trois semaines de violences policières contre les lycéens passées au crible‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­‌   ­
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Mouvement lycéen : trois semaines de violences policières passées au crible


Depuis le 28 septembre 2026, les nouvelles images de violences illégitimes commises par les forces de l'ordre s'ajoutent à celles de la veille. Avec elles, affluent les témoignages de blessés graves et d'interpellés dénonçant des maltraitances dans les commissariats. StreetPress revient sur trois semaines aux airs d'une année de « Gilets Jaunes », les mutilés y compris.


Au premier jour de la nationalisation du mouvement lycéen, le matin du 28 septembre, il est 10h30 lorsque Eden, 14 ans, voit sa vie chamboulée. Devant le lycée Château d’Epluches, à Saint-Ouen-l’Aumône (95), l’adolescent est bousculé et matraqué par trois policiers en tenue anti-émeute intervenant pour mettre fin au blocage de l’établissement. Lorsqu’il répond par un coup de pied, l’un des policiers équipé d’un lanceur Cougar lui tire une grenade lacrymogène dans le visage — un tir strictement interdit. Sa mère déclare au Parisien : « Toutes ses dents du haut sont cassées. (…) En bas, on ne sait pas encore ce qu’il lui reste. »

Le cas du jeune homme n’est pas isolé. Le lendemain à Tours (37), Maël, 16 ans, perd l’usage de son œil droit après un tir de LBD en marge du blocage du lycée Balzac. Le 6 octobre à Lens (62), Evan S., 15 ans, a la main arrachée par la détonation d’une grenade assourdissante. Ces blessures aux séquelles parfois permanentes semblent amuser certains policiers. Pendant l’interpellation violente d’un mineur à Toulouse (31), un agent au visage dissimulé par une cagoule et sans RIO (son matricule) est filmé en train de revendiquer des mutilations, sous couvert d’humour : « J’en ai éborgné trois tout à l’heure. »

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Du côté du lycée des métiers de l’hôtellerie et du tourisme d’Occitanie, un garçon de 16 ans témoigne auprès de La Dépêche du Midi de violences policières à l'encontre des élèves mobilisés. « On ne voulait pas de débordements. Juste, on voulait manifester et bloquer l’entrée. On se fait tabasser pour rien. Alors qu’il n’y a eu aucune violence. »


Le gaz lacrymogène, lancé par les policiers en direction des élèves, s’est répandu dans tout le quartier résidentiel de la Cartoucherie où se trouvent notamment une crèche et l’école primaire et maternelle Geneviève-de-Gaulle-Anthonioz. De quoi provoquer la crainte de différents parents des immeubles avoisinants, rassemblés dans un groupe WhatsApp. « C’est inadmissible de gazer à proximité d’une crèche, école maternelle ou primaire, d’autant plus que certains enfants ont des problèmes respiratoires ou sont asthmatiques », estime une membre du groupe.


Sans surprise, les violences se poursuivent dans les manifestations appelées par les syndicats et partis de gauche les semaines suivantes. Le 6 octobre, à Rennes, loin du cortège, un policier décoche une gifle dans le visage d’une femme qui vient d’échanger quelques mots avec lui. Deux jours plus tard, dans une nasse sur la place de la Bastille, un policier est filmé donnant un violent coup de genou au visage d’un interpellé à la capuche déjà ensanglantée. Sur la même nasse, un CRS pointe son bâton dans les fesses d’un manifestant de 19 ans, qui a déposé plainte. Deux autres agents sont accusés d’agressions sexuelles, l’un sur une lycéenne interpellée à Metz, l’autre par une main à travers les boucliers à Paris. 


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Depuis le début du mouvement le 21 septembre, 6.877 personnes ont été placées en garde à vue, dont 86 % de mineurs. Le chiffrage devenu indicateur médiatique de l’activité policière a de quoi donner le vertige. Près de 2.000 arrestations pour le seul 1er octobre, 1.747 le lendemain : les deux jours dépassent les 1.723 interpellations du 8 décembre 2018 au coeur du mouvement des Gilets jaunes. Des « arrestations d’une ampleur inédite », dénoncent les associations, qui suscitent jusqu’à l’inquiétude du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. 

Si les deux-tiers – 4. 501 – des procédures ne découlent sur aucune poursuite judiciaire, elles ne laissent pas indemnes les gardés à vue. Ressorti sans d’avantages de poursuites du commissariat de Saint-Denis (93), Ethan (1), 15 ans, dénonce dans Mediapart avoir eu le pantalon et le caleçon baissés « de force » par un policier, avant d’être violenté par deux autres dans sa cellule : « L’un m’attrape par le col et me plaque contre le lit en béton. L’autre me met des patates derrière la tête en me disant : “T’es seul maintenant, ton avocate elle est partie petite salope”. »


À Antony (92), deux amis de 17 ans, Théo (1) et Ali (1) racontent à StreetPress avoir été embarqués par des policiers lors du blocus du lycée Descartes vendredi 2 octobre 2026. Théo relate avoir été attrapé par deux agents de la BAC aux alentours de 8h10, alors qu’il discutait avec des camarades. Les policiers en civil lui auraient lancé : « Si tu bouges, on t’encule. » Théo raconte une interpellation particulièrement violente : « Tout le monde s’est mis à courir et les policiers m’ont plaqué au sol en me mettant des coups et des baffes à la tête ». Il est convoqué pour être jugés le 1er décembre 2026, notamment pour violences sur un fonctionnaire de police et groupement en vue de la préparation de violences. « On est censé se sentir sous protection et finalement, on se fait embarquer et accuser », souffle l'adolescent.


Un papier de Vincent Victor, Romane Lizée, Lina Rhrissi, Christophe-Cécil Garnier 
à lire juste ici. 


Photos prises par Hugo Aymar. 

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